• • • Parler de là-sec estival de la Haute-Mossig, alors que la petite rivière bas-rhinoise est encore actuellement en crue, tient presque de la provocation. Pourtant, les pécheurs préfèrent anticiper sur l'étiage et surtout sur 1a menace de captage d'une source de la Mossig.
« Il y a des endroits où les truites sautent comme dans une poêle à
frire, quand il n'y a presque plus d'eau », rappelle Claude Martin, de
l'Association de pêche et de pisciculture (APP) de Wasselonne. C'est dire que
la rivière qui naît sous le Schneeberg de Wangenbourg-Engenthal souffre d'une
surexploitation chronique de son débit.
Depuis 1984, les amoureux de cet affluent du canal de la Bruche se démènent
pour que le torrent reste en eaux vives. Et leur détermination à faire capoter
un vieux projet de captage d'eau est raffermie par le classement de la Mossig en
rivière à grands migrateurs.
Les saumons qui remontent le Rhin, l'Ill strasbourgeoise, puis la Bruche, butent
sur le barrage d'Avolsheim. Pour l'instant, l'obstacle est infranchissable. Mais
le comité de gestion du bassin Bruche-Mossig ne désespère pas d'y réaliser
une passe à poissons. Évidemment à une tout autre échelle que celle
d'Iffezheim, sur le Rhin. Sans attendre la renaturation complète du cours
d'eau, des alevinages ont été réalisés sur la Mossig avec l'association
Saumons-Rhin, se réjouit Antoine Pfister, de l'APP de Marlenheim.
La remontée de saumons reproducteurs jusque dans le haut bassin de la Mossig
supposera la suppression des vestiges de quelque 29 anciens moulins au fil de
l'eau. D'autres tâches atten- dent encore les pêcheurs, comme la réalisation
de bandes vertes le long du cours d'eau. De la sorte, les fertilisants et
pesticides agri- coles des champs de maïs ri- verains affecteront moins le
milieu aquatique.
Sauvegarder un débit suffisant
Une Mossig sans embâcles et dépolluée est indispensable à la remontée
des migrateurs. Mais encore faut-il que son débit le permette. Deux sources
captées par la commune de Dabo, l'une depuis la Grande Guerre, l'autre dans les
années 1980, font baisser le niveau de la Mossig. Un nouveau captage envisagé
sur la Schneematt aggraverait évidemment les étiages estivaux.
Alfred Villa, l'ancien forestier du Rosskopf, se démène depuis 1985 contre
l'absence de surveillance des trop-pleins d'eau laissés par l'actuelle prise
d'eau de la Schneematt. Président des pêcheurs d'Engenthal-Wangenbourg, il
exige en effet que le captage ne prélève pas plus que le maximum autorisé de
1,5 l /seconde. La Haute Mossig tarit en effet en été en aval du captage de la
Schneematt.
Si la deuxième source de la Schneematt était utilisée par Dabo-La Hoube, les
truites fario ne pourraient plus frayer et les saumons ne pourraient y remonter.
Un rêve halieutique qui s'évaporerait.
Michel Gissy