
Photo : Jocelyne Blosser
On trouve chez nous des hérons cendrés (espèce Ardea cinerea) en toutes
saisons, mais cet oiseau est un migrateur partiel, dont la population quitte
l'Europe de l'Est en hiver et apparaît alors dans le sud de la France et de
l'Italie, ainsi que dans la plus grande partie de la péninsule ibérique. Il
niche en colonie, dans de grands arbres proches de l'eau, ou plus rarement dans
les roseaux : c'est ce qu'on appelle une héronnière. Les nids (ou aires) sont
réutilisés chaque année, dans l'ordre d'arrivée des mâles qui les
choisissent en fonction de leur taille et de leur emplacement. Il n'en existe
qu'une seule le long de la Bruche, à Duttlenheim. La causticité des fientes
endommage la végétation, quoique l'excès d'azote favorise la pousse des
orties. Les hérons sont des oiseaux protégés par la loi, contre l'homme mais
pas contre certains oiseaux concurrents comme les corbeaux freux ; qui peuvent
piller leurs nids lorsqu'ils nichent au même endroit. Sinon, ils n'ont pas de
prédateurs. Un héron cendré peut vivre environ 25 ans. Il est mûr dès
l'âge de 2 ans. Mais on a noté au cours des années 60 une grave diminution du
nombre de hérons, attribuée à la pollution croissante.
Mâles et femelles adultes ont le même plumage, avec une aigrette noire
derrière la tête, dans le prolongement d'une ligne noire qui part de l'œil.
Comme il est de règle chez les oiseaux dont les adultes des deux sexes sont
identiques, mâle et femelle se relaient pour couver les œufs (au nombre de
3-5) et nourrir les jeunes au nid. Comme les hérons n'ont pas de jabot, ils
transportent les proies dans leur estomac et, sollicités par les oisillons, les
régurgitent, d'abord directement dans le bec de ces derniers, et plus tard tard
dans le nid. La concurrence entre jeunes d'une même couvée est intense, de
telle sorte que la survie ne dépasse guère 3 héronneaux par nid.
En vol, les hérons se distinguent des autres grands échassiers (cigognes,
grues, etc.) par leur cou, qui reste replié en S au lieu d'être étendu. Ce
long cou est fait pour être projeté en avant sur les proies, qui sont soit
saisies par le bec, soit carrément harponnées. Un héron cendré adulte avale
seulement 330 grammes de proies par jour, dont 2/3 de petits poissons blancs de
surface, le reste étant formé principalement de petits rongeurs et de larves
d'insectes aquatiques (libellules, dytiques). Pour nourrir ses jeunes, il
attrape surtout des campagnols, en grandes quantités, ce qui en fait un
précieux auxiliaire de l'agriculture. Même s'il arrive que des hérons se
concentrent autour d'installations piscicoles, les dégâts sont peu importants.
En ce qui concerne la bonne santé des rivières et des lacs, le héron cendré
est à la fois un témoin de leur bonne santé et un agent très actif de leur
nettoyage, car il élimine les poissons malades et les invertébrés prédateurs
de poissons. Voilà donc un animal dont le retour sur la Bruche ne peut que nous
réjouir.
Jean Mellinger