Lorsque l'OCCE lança le parrainage de la rivière, je fus tout de suite
emballée et c'est avec un vif intérêt que je lus les informations concernant
le sujet. « Voilà L un programme alléchant » ! Une riche documentation de
base indispensable était fournie pour nous conforter - nous les enseignants -
et vu l'ampleur des thèmes proposés, j'ai joué avec l'idée de me lancer dans
ce projet - à doses homéopathiques évidemment, car il y a un programme à
faire !
Encore fallait-il que mes élèves me suivent.
Mon enthousiasme contagieux et la présence de deux Wolfisheimois de souche qui
connaissaient la Bruche comme leur poche ont placé les enfants dans un climat
de confiance. Mes deux compagnons de route parlaient de leur rivière si
capricieuse et si vagabonde avec tant de conviction et de chaleur, avec tant de
plaisir de partager leurs connaissances,
qu'une cascade de questions fusa immédiatement.
Une passion naissante se laissait présager.
| Vu cet engouement, j'assure encore mes arrières. Je prends contact avec
la Fédération de pêche, ravie de m'apporter aide et soutien, avec Saumon-Rhin
qui parlera de ses grands projets et avec la Ligue pour la Protection des
Oiseaux qui me prêtera aussi main forte en temps voulu. Et je m'embarquai donc dans ce parrainage avec des idées précises, un schéma directeur bien en tête, mais loin d'imaginer l'engrenage dans lequel je m'étais engagée. Je dégage un après-midi par semaine pour la Bruche, mais bien vite j'ai compris que cela ne suffisait pas car plus rien n'était comme avant : les enfants écrivaient sans contrainte, le dictionnaire était un ami secourable, la B.C.D. une vraie caverne d'Ali Baba qui détenait mille et un secrets, mille et une réponses. La bibliothèque municipale était assaillie et c'était à qui apporterait en premier les renseignements demandés. Les encyclopédies recouvertes de poussière sortaient enfin des rayons, les ordinateurs crachaient leur savoir, les parents étaient sollicités... On prospectait, on découvrait, on fouinait, on s'appliquait à des recherches pointues, tel un détective chevronné. Cette émulation entraînante stimulait tes enfants, ils voulaient en savoir davantage. Et plus nous étions fascinés par la splendeur magique que Dame Nature nous proposait, plus la Bruche se révélait avec beauté et émotion à nous tous qui l'aimions. D'un après-midi Bruche, nous sommes passés à des journées Bruche. Toutes les matières étaient maintenant concentrées sur des thèmes liés à la rivière, à sa vie faunistique et floristique, à son environnement, les maths, les sciences, la géographie, l'histoire, l'éducation civique, les arts plastiques, la musique, enfin tout tournait autour de ce milieu aquatique et jamais rien n'était lassant, redondant, ennuyeux. |
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La recherche était un plaisir, une aventure, un voyage vers la connaissance.
L'enfant était sorti de son train-train scolaire, il était placé dans une
situation inhabituelle qui lui offrait la liberté d'être lui-même et non un
écolier.
Des écocitoyens en herbe, avertis, ont pris conscience des interactions dans le
temps et dans l'espace existant entre l'homme et la rivière. Ils ont compris
qu'il fallait s'appliquer à gérer cet héritage.
Grâce aux partenariats efficaces d'associations, aux soutiens de gens
compétents et volontaires, à l'investissement personnel accordé à cette
tâche, les enfants ont atteint dans l'épanouissement les mêmes finalités
scolaires et en plus, la Bruche leur a permis d'apprendre tous ces à-côtés
jamais traités en temps normal.
Mais enfin et surtout, ils ont pu découvrir un lieu de beauté rempli de
poésie d'où se dégage une sérénité réconfortante et revigorante qu'ils
protégeront à vie afin que leurs enfants puissent, eux aussi, profiter de ce
coin de paradis.
Pierrette Kaeuffer
(Institutrice CM1 - CM2 à l'école primaire de Wolfisheim)