Salm,

Connaissez-vous dans la vallée de la Bruche
cette contrée idyllique toute vêtue de forêts
et parcourue de nombreux ruisseaux;
contrée riche au point de vue de sa faune et de sa flore ?

Comte de Salm et principauté de Salm-Salm

L' histoire commence en l'an 1111. Herrmann II de Salm-Luxembourg, fils d'un roi de Germanie, est voué de l'abbaye de Senones. Son mariage avec Agnès de Montbéliard- Mousson-Bar commence l'implantation dans les Vosges d'une première dynastie de Salm. En 1200, Henri II comte de Salm et voué de Senones a fait construire le château de Salm sur les hauteurs dominant le hameau actuel du même nom. Le château est en ruine de- puis 1622. II subsiste encore les vestiges d'un donjon, quelques murs, une cave voûtée et une plate-forme d'où l'on peut jouir d'un panorama superbe.
Le trouvère Jacques Brétex qui voyageait de château en château raconta sa visite au château de Salm en vantant les qualités du seigneur du lieu :

Car c'est cil qui les autres passe
De courtoisie et de largesce
Gentil proudome a en son cors.
Grant bien me fait quand je recors
De lui les biens et les hon ours.

En 1751 c'est la création de la principauté de Salm-Salm, dont Senones est la capitale. En 1793, par décret de la Convention Nationale, la principauté avec le ban de Salm devient française.

Les mennonites

Le hameau de Salm ne commence à se développer que vers 1700 avec la venue des métayers anabaptistes venus de l'Oberland bernois. Leur technologie très progressiste en matière d'élevage fait d'eux des métayers très appréciés.
Spécialistes dans l'élevage et l'agriculture, les anabaptistes du ban de Salm se distinguent par leur art de distiller et leurs connaissances en herboristerie.
Témoins de cette époque : la "ferme historique" de Salm, demeure des célèbres Anciens mennonites Kupferschmidt et Augsburger, ainsi que le cimetière que l'on ne peut malheureusement visiter qu'un jour par an, lors de la journée du patrimoine.

La scierie du Coucou

Elle figure déjà sur une carte de l'abonnement de la principauté de Salm en 1753 et se situe à côté de l'étang du Coucou, dans la vallée du Gouttis.
La gazette d'Alsace de 1887 relate qu'un chemin de fer a été établi pour l'exploitation des forêts de la vallée de la Bruche.
Le transports du bois s'effectuait au moyen de wagonnets que les chevaux remontaient à vide et qui descendaient par leur propre poids lorsqu'ils étaient chargés.
Un système de freins spéciaux permettaient d'en réduire la vitesse aux tournants et passages dangereux. Le tracé de ce chemin de fer suivait le cours du Grand Gouttis, pas- sait devant la scierie à l'étang du Coucou et continuait jusqu'à l'ancienne frontière franco- allemande.
Les 29 et 30 mars 1892, une tempête d'une violence inouïe fit rage sans intermittence dans les Vosges, occasionnant la destruction d'une grande partie de la forêt salmoise et des environs. Devant ce désastre, les autorités allemandes de l'époque décidèrent d'accé- lérer l'établissement des voies et surtout d'y faire circuler de véritables trains tirés par des locomotives à vapeur. En effet il fallait assurer au plus vite la vidange de milliers de stères, par crainte de les voir perdus soit par pourrissement, soit par attaque d'insectes xylopha- ges. De 6 km à ses débuts, le réseau passe en quelques années à 31 km. La scierie du Coucou fut reconvertie vers les années 1893 en gare avec logement de service pour le responsable local du train et laissée à l'abandon après 1918.
En 1925, des responsables de l'U.C.J.G. de Strasbourg (Union Chrétienne de Jeunes Gens), découvrent le bâtiment en ruine, toit percé et partiellement défoncé, sol pourri et carreaux cassés. Et pourtant dès 1926 cette ruine devint une maison où des milliers de jeunes passèrent des vacances inoubliables jusqu'en 1939. Hélas la Seconde Guerre mondiale transforma de nouveau la maison en ruine, après des occupations passagères par des réfugiés et le pillage complet pour servir ensuite à un camp de prisonniers allemands jusqu'en 1947.
Par la suite, entre 1957 et 1964, la maison fut démolie jusqu'aux fondations et reconstruite dans son aspect extérieur actuel. Elle accueille toute l'année de nombreux groupes de jeunes, soit pour des colonies de vacances soit pour des stages, des retraites ou bien tout simplement pour des week-ends de détente.

Le marais de la Maxe

La tourbière ou marais de la Maxe se trouve à quelques centaines de mètres à l'ouest de l'étang du Coucou. Issu d'un ancien lac d'origine glaciaire, la tourbière présente un intérêt tout à fait particulier par sa flore. On y découvre, entre autres, quantité de mousses pionnières, la linaigrette, la parnassie des marais ainsi que le drosera à feuilles rondes (rotundifolia) qui fait partie des onze espèces de plantes carnivores que l'on compte en Alsace et dans les Vosges.
Les tourbières sont des trésors pour les scientifiques. Elles sont de véritables archives d'un passé très éloigné. Elles nous infor- ment sur l'origine du tapis végétal actuel de nos régions.
Dans les milieux tourbeux, rien ne se développe, pas même les micro-organismes de la putréfaction. La décomposition est tellement lente (quelques centimètres par siècle) que de nos jours les chercheurs dé- couvrent sur ces sites des pollens vieux de plusieurs siècles parfaitement bien conservés.
Comme beaucoup de tourbières, celle de la Maxe fut exploitée de 1894 à 1913 et reliée à la gare du Coucou par un embran- chement de la "Waldbahn".
Fort heureusement, on ne remarque plus grand-chose de cette époque et la nature y a repris ses droits.
La tourbière de la Maxe, vestige d'un passé lointain, demeure cependant un milieu fragile qu'il faut protéger absolument.

Gérard Zimmermann

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